10.09.06

Et tout commenca par Samouraï du Dragon de Jade

raconté par Paulette Baudoin sa maîtresse

De nos jours, les bébés ne naissent plus dans les choux et les roses, pas même les chatons. Si bien que, petit parrain Tristan me recherche inlassablement sur l'écran d'internet, tandis que mes deux grands parrains, Stéphane et Christophe, et ma future maîtresse sillonnent les départements limitrophes pour me trouver. Néanmoins, ils sont revenus plusieurs fois sans m'avoir découvert (mon sac de voyage de luxe, vide...)
J'étais introuvable et ma future maîtresse dépérissait à cause de son amour pour moi, entre guillemets.

Acte I : l'adoption

Mon histoire débuta dans ma famille d'adoption, un peu tristement ; ma maîtresse venait de perdre ma demi-soeur Fataline de 19 ans (92 ans) mon aînée et, pour un tantinet oublier, désirait une petite soeur.
Elle prospecta dans toute la France (il n'y a qu'à voir sa facture de téléphone). Elle fréquenta toutes les manifestations félines de France et de Navarre ; elle dévora des piles d'encyclopédies félines, s'abonna à toutes les revues à la mode féline ... jusqu'au jour où le sort en décida autrement :

Et, me voici, moi SAMOURAI DU DRAGON DE JADE

Je suis né dans la ville de Fréjus, à la gendarmerie, figurez-vous : Mon père humain est gendarme, mon éleveuse Florence Richard a eu bien du souci lorsque ma soeur et moi sommes nés (oui, j'ai une vraie petite soeur Symphonie)

Ce n'était pas la peine de me chercher si loin, Fréjus est juste à côté de la Colle sur Loup.

Acte II : une fête pour moi !

Quelle ne fut pas la surprise, lorsque je fus présenté aux invités : "C'est une fille ?" s'exclamèrent-ils
"Comment ? je suis un garçon, un vrai !" Je fis mine de n'être pas vexé sachant que ce n'était pas moi qu'on attendait, et, de toute façon je suis beau comme un astre !
Je fus vite adulé par les invités qui se tenaient tout autour de moi, admiratifs. Je l'ai bien vu !
"Oh comme il est beau !"
"Et ses yeux !"
"Vous avez vu ses yeux ? ils sont d'un bleu, d'un bleu ...."
Ca voulait tout dire. Etait-ce le bleu de Klein, celui de Matisse, le bleu du ciel ...
Je gonflais encore plus mon poil déjà bien bouffant, entortillé comme le rôti du dimanche dans les rubans de satin roses et bleus qui s'emmêlaient, au point de rester lové, bien protégé de tous ces yeux qui me scrutaient, bien lové dans les cubes de carton qu'on m'avait confectionnés pour l'occasion.
Quelle mise en scène ma maîtresse me faisait-elle interpréter ! Enfin, ce sont certainement des fantasmes d'artistes !
J'étais bon joueur et j'acceptais tout : d'ailleurs ce fut en ma faveur car j'entendais : "Comme il est sociable, comme il est docile ..."
De mes boîtes, je pouvais observer à mon tour cette assemblée toute vêtus de bleu. Si ce n'était pas le superbe kimono de ma maîtresse, tous ces bleus ressemblaient plutôt au bleu des tenues de la Chine populaire. Enfin ...
Et ce fut le moment de la photo de famille....

Acte III : la photo

Mes deux grands parrains se tenaient fiers à côté de moi ou peut-être était-ce moi qui me tenais fièrement dans leurs bras. Le petit parrain, quant à lui, à qui j'avais donné un coup de griffes en jouant semblait plus réservé et sceptique : peut-être l'avais-je déçu ?
On me fait passer de bras en bras, on me flattait de la main, on m'embrassait partout (sans vraiment me connaître), que de familiarités ! Je crois qu'à ce moment là, j'en avais assez, mais ayant reçu une excellente éducation chez ma tendre éleveuse à Fréjus, je me gardais bien de montrer mon impatience, voulant être à mon avantage à ce moment là. Je me maîtrisais poliment et pareil à ma véritable maman-chat Rive d'O de la Goutte d'O Douce, nommée Chamalo, je faisais le bonbon mou et me laissais aller (çà c'est génétique !)

Acte IV : mais revenons à ma fête !

Le décor était somptueux : nappes d'organdi, assiettes en carton ... mais dorées ! serviettes de papier tigrées (je ne suis pourtant pas un chat de gouttière tabby), quel mauvais goût ! Des ribambelles de souris en carton me narguaient, accrochées en frises contre les murs. Dragées de nacre (offertes par les parrains) dans une coupe en cristal (du vrai cette fois) datant du baptême de mon arrière grand-mère humaine (cela est vrai, mais les dragées étaient roses)
On confia la pièce montée à un célèbre patissier niçois. Mes deux grands parrains avaient la mission d'aller chercher la commande chez le pâtissier et de la transporter en voiture. Je ne vous raconte pas le voyage ! ils devaient prévoir les tournants avant de les affronter réellement pour que ma pièce-montée n'arrive pas décapitée !
Dans les montées ... Ma maison est sur la colline, ils devaient cabrer la pièce-montée. Enfin, elle arriva entière ou à peu près, coiffée d'une couronne de nougatine (faut ce qu'il faut !). Une figurine en porcelaine m'imitant vulgairement (un sacré de birmanie blue point) dominait la couronne de sucre.
Alors MA FETE commença et se poursuivit tard dans la nuit.
On me fit beaucoup jouer par crainte que je ne me fasse "la malle" dans le jardin sans surveillance.
Le champagne coulait à flots.

Acte V : mes cadeaux

Et ce fut le moment des cadeaux : souris en fourrure, des grises, des blanches, des angora avec des yeux bleus (moins beaux que les miens !) des yeux roses ...
Des boîtes de lait bio, collier, médaille gravée de mon joli nom et de mon numéro de téléphone (comme si je n'étais pas capable de retrouver mon chemin, on me prend pour qui ?) , album photos pour les souvenirs (10 boites de 36 poses de photos depuis mon adoption) et encore des cadeaux et des cadeaux : même un bonzaï, un arbre de vie pour SAMOURAÏ (tiens avec un tréma comme sur mon nom), quel boulot pour ma maîtresse, il faut baigner, le "couconner". Elle va passer plus de temps avec mon arbre qu'avec moi, (je suis déjà jaloux et exclusif)
D'ailleurs à l'heure où ma maîtresse vous raconte ma fête, je me prélasse contre sa jambe, une patte (mal gantée) sur son genou. Je suis possessif mais elle m'adore déjà.

Acte VI : ma fête bat son plein

Dans le courant de la fête, ma maîtresse obligea tous les invités, même les plus vieux, à s'asseoir en tailleur et à écrire un mot sur moi, sur du papier japonnais, avec des roseaux en pointe pour les pleins et les déliés et des pinceaux japonnais ... Je ne vous raconte pas "les pattes de mouche" ! sic
Même Baudelaire a écrit quelque chose à propos de moi ; j'ai lu le poème encadré dans un endroit de la fête. Un malheureux CD de musique Birmane et de musique Japonnaise se fatiguait à jouer à travers les rires, les bruits de mandibules des invités.

Après la pièce montée, il y eut le gâteau au thé et au caramel (au thé, on ne l'a pas fait exprès, c'est une spécialité de la Colle sur Loup sur la route de Saint Paul) un beau gâteau, trop gros, signé de mon nom SAMOURAI (mais ils avaient oublié le tréma, çà me contrarie)
Heureusement, ils ont servi de la salade de fruits, on en avait assez des sucreries.
Le champagne coulait toujours à flots !
Quelle belle fête se fut (fête en Birmanie s'écrit : pwè.
Ah ! faut bien rêver ... ma maîtresse rêve beaucoup et je crois que moi j'aime bien çà.
Sur un petit mot, j'ai lu : longue vie à SAMOURAÏ

Au fait, ma grande soeur Fataline était là aussi, elle était dans une belle photo avec plein de serpentins de couleur autour.

Fait à la Colle sur Loup le 1er septembre 2001 pour la fête de Samouraï du 15 août 2001