Couleurs et comportement

Par Anne-Chapuis- Gagnon, Docteur Vétérinaire

Selon le Séminaire sur l'actualités sur la gestion des tares génétiques

 

 

Les liens avec la couleur sont curieux, mais corroborent un certain nombres d'idées reçues sur le caractère de certains chats.

Ainsi, Todd (1977) a montré que le gène non-agouti (chats noirs ou foncés) était lié à une bonne tolérance à la surpopulation et à un caractère particulièrement urbain au sens strict.

Ledger et O'Farrell (1996) ont trouvé que les chatons orange, orange dilué ou tricolore avaient un comportement de défense à la manipulation par des personnes étrangères.

Pontier (1995) a trouvé que les chats oranges mâles étaient plus agressifs, et passaient leur temps à se battre, pendant que les autres couleurs (le noir, en autres) se reproduisaient. D'où une sous représentation des populations oranges en milieu urbain.

Cependant le gène orange semble, en France rurale, le plus fréquent, où les mâles de cette couleur sont plus lourds que les autres (ce favorise-t-il leurs succès copulatoires ?) alors qu'en milieu urbain il est minoritaire. Avec des fréquences de 0,7 et 0,4, le "non agouti" et le "blotched tabby" sont les couleurs les plus représentées en ville, alors même que la mutation orange est, historiquement, la plus ancienne.

Faut-il y voir une sélection humaine ? Sans doute, car l'étude de Clark en 1975, a montré une discordance entre la couleur du chat "rêvé", blanc, crème, clair - et celle du chat réel, plus foncée, montrant que dans les zones économiques défavorisées les chats étaient de robe beaucoup plus foncés, dont la procréativité n'était pas maîtrisée.

A ces considérations scientifiques, on peut néanmoins ajouter un facteur terriblement humain qui fait que, depuis la nuit des temps, les chats foncés sont les plus abandonnés, donc ceux que l'on retrouve majoritairement en ville, dans les terrains vagues ... Cette forme de sélection, peu élégante, mais patente, doit aussi être prise en compte, malheureusement.

La mauvaise réputation dans notre profession des chats roux ou bleus est-elle justifiée ? Oui, si l'on croit les travaux de Pontier. Ce qui est sûr, c'est que l'idée que l'on s'en fait contribue à modifier notre comportement à leur égard, de même qu'un chat clairement identifié comme potentiellement agressif ou peu coopérant va induire chez le praticien un comportement de défense réflexe.

La toute récente étude du Feline Advisory Bureau (FAB) en Angleterre, qui portait sur une population constituée de 40 % de chats de race et 60 % d'européens a montré que ces derniers étaient globalement beaucoup plus agressifs que les chats de race. La couleur noire ou noir et blanc semble être, selon cette enquête, liée à un caractère moins confiant et moins interactif, alors que les chat roux sont qualifiés de moins nerveux et de plus actifs, l'ensemble de ces données allant dans le sens d'une étude épidémiologique conduite à Bristol et qui a montré que les chats noirs ou noir et blanc, sont plus sujets à des troubles du bas-appareil urinaire que les autres, donc moins résistants au stress.

La prudence semble encore de mise pour associer des tendances comportementales avec la couleur du chat. Néanmoins, on pourra s'interroger sur le lien possible entre la longueur du poil et l'activité physique, les races à poils longs ayant clairement une propension moindre à l'activité que les races à poils courts.