HISTOIRE N° 4
Marie Laure VOLLAIRE

HISTOIRE D’UNE PRINCESSE
Je suis née par une belle journée de la fin août, il y a maintenant deux étés. Ma venue au monde a été saluée par deux grandes mains qui m’ont soulevée, essuyée, examinée minutieusement avant de me poser près de ma mère. Là, je me suis vite réfugiée dans la douceur de son pelage et j’ai agrippé une mamelle. A tâtons, j’ai découvert que j’avais aussi un frère blotti bien au chaud contre notre mère. Quelques jours s’écoulèrent, faits de rêves, de lait, de toilette et de câlins...
Puis mes yeux se sont ouverts, et j’ai découvert la lumière, ma mère, mon frère, notre petit monde. De temps à autre, les grandes mains nous soulevaient vers un visage étrange avec de grands yeux, pour nous caresser, nous faire des câlins et nous papouiller.
Quand nous avons été en âge de comprendre, Maman nous a appris que les grandes mains appartenaient aux Humains. Les Humains, ce n’est pas comme nous, les Chats ! Ils ont de longues jambes recouvertes de tissus, pas de poil sauf sur leur tête. Ils ne parlent pas comme nous. Mais, avec le temps, on arrive à les comprendre. Malgré leur grande taille, ils sont vulnérables et bourrés d’angoisse ! C’est pour ça qu’ils ont besoin de nous. Ma mère nous a expliqué qu’un chat doit toujours veiller sur son humain. Elle veille personnellement sur l’humain qui nous a aidés à naître.
Au bout de 15 jours, j’escaladais notre petit nid douillet et partis avec mon frère explorer notre petit monde. Nos journées étaient faites de jeux, de bagarres, de chasses, de sieste et de repas. Ma mère nous apprenait les règles de bonne conduite de tout chaton qui se respecte. Elle nous préparait, sans que nous le sachions, à notre rencontre avec l’humain dont nous devrions prendre soin toute notre vie durant.
Lorsque la pleine lune fut montée trois fois de suite dans le ciel, un jour, d’autres humains arrivèrent dans notre monde. Je fus soulevée, portée, caressée… « Mon Dieu, qu’elle est belle !... ». Etait-ce l’un deux qui allait m’être confié ? Ma mère ne le savait pas, mais elle était très triste sentant la séparation approchée. Les humains revinrent et me mirent dans une caisse plus petite que celle dont j’avais l’habitude pour aller chez l’humain qui palpe et qui pique.
J’étais couchée, toute seule dans cette caisse, avec un petit jouet, et je sentais que l’on m’emmenait loin de tout ce que j’avais connu et tout ce que j’avais aimé jusqu’à présent… mère, tu me manques…
J’étais triste. Plusieurs fois les humains me firent sortir de la caisse, me cajolèrent, me proposèrent à manger et à boire, mais j’avais peur, peur de l’inconnu, peur de ce que j’allais devenir, je n’étais qu’une petite chatonne de trois mois….
Au bout d’un temps interminable, je miaulais de tristesse, et le plus petit des humains me prit sur lui, je m’agrippais à son pull, comme au poil de ma mère et je lui suçais le coup pour me réconforter, il me caressa doucement...
Enfin, nous arrivâmes, ma caisse fut déposée par terre, dans un monde inconnu, et je sortis doucement, pour me retrouver nez à nez avec un grand matou, aussi je me mis vite à l’abri dans ma caisse.
Ce grand chat avait hâte de faire ma connaissance, il m’encourageait à sortir, il fit les présentations d’usage et vit que j’étais une chatonne. Aussi me laissa-t-il tranquille, mais en m’indiquant que c’était lui le maitre de ce monde là.
Il m’expliqua qu’il avait la charge à lui tout seul des trois humains qui vivaient ici, et que ça faisait beaucoup, surtout avec le plus petit des humains, très turbulent.
Il semblait content que je sois là pour l’aider, mais ne savait rien de ma venue. Moi, j’étais blottie dans mon coin, je n’avais pas du tout envie de m’occuper de qui que ce soit.
Velours (c’est son nom) vit mon désarroi et s’occupa de moi, dès ce moment et pour toujours. Il me consola, me laissa me blottir près de lui, me fit jouer, toléra mes bêtises de chaton. Bref, il m’adopta comme un grand frère.
Les jours passèrent et je m’habituais progressivement à mon nouveau monde. J’évitais « Théo »le petit humain turbulent, sur les conseils de Velours, et je me mis à suivre « Papa », « Maman » disparaissant des jours entiers.
« Papa » était très content de ma présence : dès que je miaulais, il me répondait pour que je puisse le rejoindre. Je pris l’habitude de dormir contre lui, et de faire de nombreuses séances de câlins dans la journée aussi. Il adorait que je monte sur ses jambes de tissus, que je me love contre lui, et en signe de contentement, il attaquait la toilette de ses jambes….Il me parlait doucement et me disait des mots étranges, mais qui sonnaient tout doux à mes oreilles…
Velours m’apprit à connaitre tout de notre monde et m’entraina aussi à l’extérieur, à la découverte de choses merveilleuses, comme les oiseaux et les petite souris. Il m’entraina dans les arbres et m’apprit à me cacher. La journée, le monde nous appartenait et nous faisions de grandes courses poursuites entrecoupées de longues siestes. Aucune partie qui ne nous appartienne pas, à nous les lits, les armoires, les arbres à chat…..
Finalement, malgré de petites préférences, nous décidâmes de nous occuper ensemble de nos trois humains. Nous établîmes des rituels comme le coucher de Théo par nous deux, ma sieste avec « Papa » ou « Maman », la nuit tous ensemble dans le grand lit, ne jamais les laisser seul à l’ordinateur, une espèce de bête qui mange le temps, ne pas laisser « Maman » préparer à manger sans gouter les aliments, on ne sait jamais !
J’appris rapidement que lorsqu’ils s’asseyent, cela veut dire qu’ils veulent qu’on grimpe sur leurs genoux, lorsqu’ils prennent un livre, c’est pour qu’on puisse venir s’y coucher dessus, lorsqu’ils mettent du tissu sur leurs jambes ou aux fenêtres, c’est pour qu’on puisse s’amuser à escalader.
J’appris à leur faire plaisir en me laissant brosser de longs moments, en me couchant de tout mon long à leurs pieds pour me faire caresser, en jouant avec des souris et des balles pour les faire rire.
Velours m’apprit aussi comment les faire fondre en les regardant dans les yeux, comment faire pleinement partie de leur vie, comment former une seule et même famille mi humaine, mi féline.
Et je sais que je fais pleinement partie de cette famille. Je l’ai testé… Un jour que j’étais invitée à aller me promener à l‘extérieur, je suis allée me mettre à l’ombre car le soleil était brulant, et, je me suis endormie… Quand je me suis réveillée, le soleil avait fait un long chemin dans le ciel et je me dirigeais vers une porte nonchalamment. Des cris retentissaient de toute part, la famille était affolée par je ne sais quel évènement. Que se passait-il ? J’allais voir « Papa » et me frottais à ses jambes. Je fus immédiatement soulevée et trimbalée : « je l’ai trouvéééé ! Je l’ai trouvéééé ! » Je ne comprenais pas cette agitation ! Je passais de bras en bras, des gouttes de rosée me tombaient dessus, elles venaient des joues de « Maman » !! Puis je compris, ils croyaient que je m’étais perdue, que j’avais disparu ! Toute cette émotion pour moi, j’ai du leur faire une triple séance de câlins.
J’approche maintenant de mon troisième été (deux ans en temps humain) et je suis très heureuse dans notre monde. Oui, je suis très heureuse car je sens que mes humains sont heureux de vivre avec moi. Ils m’aiment autant que je les aime. Je suis même arrivée à apprivoiser le petit turbulent qui sait à présent me faire de supers câlins. Je pense toujours à ma première famille avec émotion, mais ma vie est ici, dans cette famille que j’aime…
Je vous laisse maintenant, j’entends qu’on m’appelle : « flaaaaamme, fifille, ou es-tu ma chérie… ? ».
On a besoin de moi : « Miaouuu ! (j’arrive)………