
Chats et chiens partagent
certains critères: carnivore à quatre pattes, muni d'une queue, formant avec
l'être humain un attachement affectif et un groupe social, et utilisé
actuellement comme animal de compagnie. Mais les similitudes s'arrêtent à cette
analyse superficielle, car les comportements des deux espèces sont radicalement
différents.
Bien sûr, ils possèdent tous deux cinq sens, mais le chat a l'ouïe bien plus
fine, une vision crépusculaire étonnante, une communication chimique plus
complexe. Pensez à tous les marquages dont nous avons déjà parlé, le marquage
urinaire, les griffades productrices d'odeur d'éloignement pour les autres
chats, les frottements des joues contre gens et mobiliers – afin d'émettre des
odeurs apaisantes – les frottements mutuels entre chats afin de se forger une
odeur de groupe social.
Parlons de groupe social. Si le chien est un animal social obligatoire qui doit
s'intégrer dans une hiérarchie complexe, le chat n'a que faire de hiérarchie et
de sociabilité d'ailleurs. Comprenons nous bien. Le chat est programmé pour
vivre en solitaire, tout en ayant quelque bagage pour s'accommoder de la
compagnie de ses congénères, particulièrement pendant les périodes sexuelles et
d'enfantement. Mais pour lui vivre une vie sociale en groupe de chats relève
quelque peu de la gageure. L'idéal serait que le chaton vive sa jeunesse en
nursery, tétant plusieurs chattes-mères et jouant avec une marmaille de chatons.
Plus tard, après la période de socialisation qui se termine vers 9 semaines, il
faut qu'il continue à vivre avec d'autres chats en permanence pour garder une
certaine sociabilité. Encore faut-il qu'il ne soit pas changé de groupe social
car l'odeur de groupe ne serait pas la même et il risquerait d'être exclu du
nouveau groupe.
Un chat non reconnu comme faisant partie d'un groupe social est exclu et éjecté.
Quand ce nouveau chat est imposé à un chat résident, il n'y a vraiment aucune
raison qu'ils s'apprécient d'emblée, sauf exception. Un jeu de pouvoir et
d'occupation du territoire va avoir lieu. Une complémentarité s'installe
rapidement avec un chat actif et envahisseur et un chat plus passif qui voit son
territoire s'amoindrir jour après jour. L'un et l'autre peuvent développer de
l'anxiété, des formes différentes d'anxiété. Et l'anxiété est une pathologie de
l'émotion et cela se soigne. Une fois soignés, les chats mieux dans leurs
émotions, auront plus de facilités à cohabiter.
L'odeur de groupe chez le chat
Si vous prenez un chat – disons
pour l'exemple un chat noir - dans un groupe de chats, que vous le lavez
soigneusement, et que vous le remettez dans le groupe, une fois séché, que se
passe-t-il? Il est exclu, éjecté, violemment si nécessaire.
Si vous prenez un chat noir étranger, comparable en poids et en taille au chat
précédant – un sosie en quelque sorte – que vous le frottez avec des odeurs du
groupe, des phéromones sociales, et que vous l'introduisez dans le groupe de
chats, que se passe-t-il? Il est toléré, voire même accepté.
Cette odeur, cette phéromone, est actuellement à l'étude. Bientôt sans doute
suffira-t-il de frotter sur le nouveau chat une odeur spécifique afin de l'aider
à s'intégrer dans un groupe déjà constitué? Avec cette nouvelle industrie du
parfum pour chat, on évitera bien des bagarres et bien des tristesses.
Dr Joël Dehasse
Médecin vétérinaire comportementaliste
· Articles parus initialement dans Le Soir Illustré (Belgique) (1997-1998)
· Certains articles parus dans Poils et Plumes (Québec)
· Certains articles parus dans le Chien Magazine (Suisse) (1999-2002)
· Certains articles parus dans L'Illustré (Suisse) (2001-2002)
